Historiens et Nazisme

 

 

 

 

Réfléchir sur Hitler….

 Ian Kershaw, Hitler, tome 1, Flammarion,1998, page 20.

 "Plus encore que celle de Staline ou de Mao, la dictature hitlérienne a valeur de paradigme(1) pour le xxe siècle. D'une façon extrême et intense, elle a reflété, entre autres choses, la prétention totale de l'État moderne, des niveaux inat­tendus de répression et de violence étatiques, une manipu­lation jusque-là sans parallèle des médias afin de contrôler et de mobiliser les masses, un cynisme sans précédent dans les relations internationales, les dangers aigus de l'ultra-nationalisme, mais aussi la puissance immensément destruc­trice des idéologies de la supériorité raciale et les consé­quences ultimes du racisme, sans oublier l'usage perverti de la technologie et du « génie social » modernes. Par-dessus tout, elle a déclenché un signal d'alarme qui brûle encore vivement : elle a montré comment une société moderne, avancée, cultivée peut si rapidement sombrer dans la bar­barie, dont le point culminant fut la guerre idéologique, une conquête d'une brutalité et d'une rapacité à peine ima­ginables et un génocide tel que le monde n'en avait encore jamais vu. La dictature hitlérienne a été l'effondrement de la civilisation moderne : une forme de souffle nucléaire au sein de la société moderne. Elle a montré de quoi nous sommes capables.

D'importantes questions demeurent en suspens. Dans ce processus catastrophique, qu'y eut-il de propre à l'Alle­magne ? De propre à l'époque ? En quoi participait-il d'un malaise européen plus général ? Ce qui est arrivé est-il un produit et un trait caractéristique de la civilisation moderne elle-même ? Son potentiel sommeillerait-il encore parmi nous ? Serait-il même partiellement résurgent à l'heure où le siècle s'achève ?

Les douze années de régime hitlérien ont définitivement changé l'Allemagne, l'Europe et le monde. Hitler est l'un des rares individus dont on puisse dire avec une absolue certitude : sans lui, le cours de l'histoire eût été différent ".

 

La violence……

 Pierre Ayçoberry, la société allemande sous le 3ème <Reich, Points Seuil, page 25

"Pourquoi parler de la violence?

Ce n'est pas une simple question de rhétorique. Certains manuels, et des plus classiques, n'abordent la question qu'après avoir décrit les aspects plus ordinaires du régime - politiques, éco­nomiques, culturels. Non certes pour minimiser l'importance des appareils et des méthodes de répression, mais plutôt pour en faire le couronnement du système, la marque caractéris­tique de sa radicalité, et pour passer ensuite par une transi­tion naturelle à l'histoire des victimes, persécutés et résis­tants, de sorte que le tableau s'achève par ceux qui ont sauvé l'honneur du peuple allemand. D'autres procèdent à l'in­verse, et l'on suivra ici leur exemple: commencer par décrire la violence, c'est sans doute reproduire plus fidèle­ment la perception des contemporains, c'est aussi refuser les excuses que présentent a posteriori des conservateurs, au nom d'un historicisme apparemment scrupuleux : « II n'était possible à personne, entre 1933 et 1935, de prévoir, ne serait-ce que de loin, ce qu'allaient être un jour les crimes des nationaux-socialistes »…

 

Make a Free Website with Yola.